07 — Les détails que personne ne remarque, mais que tout le monde ressent
[BY]
Martin Chavée
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Tips & Tricks
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Un son propre, un plan rapproché, une coupe au bon moment. Trois secrets d'atelier, tirés de grands réalisateurs et monteurs, pour qu'une vidéo paraisse simplement juste.
5 minutes de lecture · Article 07 de la série
On pardonne l'image, jamais le son
Une vidéo filmée au téléphone, avec une belle lumière : on regarde. La même avec une voix lointaine, de l'écho et du vent dans le micro : on passe. Le spectateur pardonne une image moyenne. Il pardonne très rarement un mauvais son.
Le réalisateur Steve Stockman résume son métier en une phrase : les amateurs pensent à la caméra, les professionnels pensent à la communication. Chaque choix technique ne sert qu'à une chose : que le message passe.
1. Filmez de près, en vertical, avec une vraie lumière
Le conseil le plus utile de Stockman : ne filmez pas tant que vous ne voyez pas le blanc des yeux de votre sujet. La plupart des vidéos d'entreprise sont filmées de trop loin. On voit des silhouettes dans un décor, pas des personnes. La vie est dans les visages, les mains, les matières. Sur un écran de téléphone, c'est encore plus vrai.
Les cinéastes belges Jean-Pierre et Luc Dardenne en ont fait une signature : une caméra portée qui suit les personnages au plus près. Pas besoin de gros moyens pour créer de l'émotion. Il faut de la proximité.
Pensez aussi vertical dès le tournage. Recadrer après coup un plan horizontal coupe la composition et fait perdre de l'information. Et pour la lumière, préférez une lumière motivée : une lumière qui semble venir d'une vraie source, une fenêtre, une lampe, le soleil. Elle crée du relief et paraît naturelle.
2. Montez pour l'émotion
Walter Murch, monteur d'Apocalypse Now, a classé les critères d'une bonne coupe. Le premier, et de loin, c'est l'émotion. Puis viennent l'histoire, le rythme, et seulement ensuite les questions de regard et de continuité. Une coupe qui sert l'émotion est bonne, même si elle comporte un petit faux raccord.
Le montage crée du sens. Au début des années 1920, le cinéaste Lev Koulechov aurait monté le même visage neutre d'un acteur avec une assiette de soupe, un enfant dans un cercueil, une femme allongée. Les spectateurs y voyaient la faim, le chagrin, le désir. Le même plan change de sens selon ce qui l'entoure.
Une astuce de monteur rend tout plus fluide : la coupe en J. On entend le son du plan suivant avant d'en voir l'image. Une voix arrive, puis on découvre qui parle. C'est ainsi que nous percevons le monde, et le spectateur le sent sans le savoir.
3. Faites travailler le son
Michel Chion a nommé synchrèse ce réflexe du cerveau : un son et une image qui se produisent au même instant se soudent automatiquement. Un bruit placé exactement sur un geste donne précision et impact. Le couteau qui tranche le pain, le crépitement du four : ces sons racontent autant que les images.
La voix off, elle, ne doit jamais décrire ce qu'on voit. « Voici notre atelier », pendant qu'on voit l'atelier : l'une des deux informations est inutile. Une bonne voix off apporte ce que l'image ne peut pas dire. On voit un artisan travailler le bois. La voix dit : « Ce chêne a poussé cent quarante ans avant d'arriver ici. »
Et osez le silence. Dans une vidéo où chaque seconde est remplie de musique, un silence soudain attire l'attention bien plus qu'un son fort.
Dernier détail, invisible mais réglementé : le volume. Pour la télévision européenne, la recommandation R128 fixe une cible autour de moins vingt-trois LUFS. Une publicité plus forte n'est pas plus efficace. Elle est simplement hors norme.
La check-list avant de tourner
Trois questions à se poser au moment de sortir le matériel. Si une réponse est non, réglez-la avant d'appuyer sur rec.
Ai-je un micro externe, proche de la personne qui parle ?
Est-ce que je vois le blanc des yeux de mon sujet ?
Mon cadre est-il pensé pour le format dans lequel la vidéo sera vue ?
Article suivant : Devant la caméra, puis devant le public. Comment filmer des gens qui n'ont jamais été filmés, puis faire vivre la vidéo une fois publiée.








