04 — Pourquoi vos meilleures idées ne naissent pas en réunion
[BY]
Martin Chavée
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Tips & Tricks
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Le brainstorming autour d'une table produit souvent moins d'idées qu'on ne le croit. Trois méthodes simples pour créer vraiment à plusieurs : écrire, séparer les rôles, dire « oui, et ».
4 minutes de lecture · Article 04 de la série
La réunion où tout le monde est d'accord
Six personnes autour d'une table, un tableau blanc, une consigne : « On lance des idées, il n'y a pas de mauvaise idée. » Une heure plus tard, deux personnes ont parlé, quatre ont hoché la tête, et l'idée retenue est celle de celui qui parlait le plus fort.
Le brainstorming a été popularisé dans les années 1950 par le publicitaire Alex Osborn. L'intention est bonne. Mais de nombreuses recherches ont montré qu'un groupe qui réfléchit à voix haute produit souvent moins d'idées que les mêmes personnes réfléchissant d'abord seules. En 1987, Michael Diehl et Wolfgang Stroebe ont nommé la cause principale : le blocage de production. Pendant qu'une personne parle, les autres attendent, oublient leur idée, ou se laissent influencer.
1. Écrivez avant de parler
La parade la plus simple s'appelle le brainwriting. Au lieu de parler, chacun écrit. Dans la méthode 6-3-5, décrite par Bernd Rohrbach à la fin des années 1960, six personnes écrivent trois idées en cinq minutes, puis passent leur feuille au voisin, qui rebondit dessus. Après six tours, le groupe a produit une centaine d'idées.
Tout le monde écrit en même temps, les voix fortes ne dominent plus, et chacun construit sur les idées des autres.
Ce n'est pas un détail. En 2010, une étude menée par Anita Woolley et publiée dans Science a montré que l'intelligence d'un groupe dépend moins de l'intelligence de ses membres que de leur sensibilité sociale et de la répartition de la parole. Une équipe brillante où deux personnes monopolisent la discussion pense moins bien qu'une équipe ordinaire où chacun s'exprime.
2. Ne rêvez pas et ne critiquez pas en même temps
Robert Dilts a décrit une méthode inspirée de la façon de travailler attribuée à Walt Disney. Trois rôles, que tout le monde joue à tour de rôle. Le rêveur imagine sans limites. Le réaliste cherche comment rendre l'idée concrète. Le critique cherche les failles. Le secret est dans l'ordre : on ne critique pas pendant qu'on rêve.
Pour la critique, Pixar a son Braintrust, décrit par Ed Catmull. Sa règle : la franchise, sans autorité. Chacun donne un avis sincère, mais c'est le réalisateur qui décide. Quand celui qui critique ne peut rien imposer, celui qui crée peut enfin écouter.
Et avant un tournage important, essayez le pré-mortem du psychologue Gary Klein. « Nous sommes six mois plus tard, la vidéo a été un échec. Que s'est-il passé ? » Les doutes que personne n'osait formuler sortent d'un coup, parce qu'on ne critique plus le projet : on raconte une histoire.
3. Dites « oui, et »
Le principe le plus connu de l'improvisation théâtrale tient en deux mots. Quand un partenaire propose quelque chose, on l'accepte, puis on y ajoute. « Nous voilà enfin sur la Lune. » Répondre « mais non, on est dans une cuisine » tue la scène. Répondre « oui, et j'ai oublié les combinaisons » la fait avancer.
En réunion, cela change tout : au lieu de chercher les défauts d'une idée, on cherche ce qu'elle pourrait devenir. Au tournage, cela permet d'accueillir l'imprévu plutôt que de le combattre.
Keith Johnstone, grand maître de l'improvisation, ajoutait un conseil libérateur : ne cherchez pas à être original. Dites ce qui est évident pour vous. Ce qui vous paraît banal est souvent ce que les autres n'auraient jamais vu.
Votre prochaine réunion d'idées
Trois règles à afficher au mur, ou à lire à voix haute en début de séance.
Cinq minutes en silence : chacun écrit ses idées avant que quiconque ne parle.
Un temps pour rêver, un temps pour construire, un temps pour critiquer. Jamais les trois à la fois.
Pendant le premier temps, une seule réponse autorisée : « oui, et… »
Article suivant : L'acte créatif. D'où viennent les idées, et pourquoi elles arrivent rarement quand on les cherche.








